L’Ostéopathe Magazine, #5 Novembre/Décembre 2010
Interview : Philippe Campignion
Responsable de la formation biomécanique des Chaînes G.D.S.
«Environ plus de la moitié des effectifs de nos formations G.D.S. au Canada est composé d’ostéopathes.»
Les ostéopathes ont un avantage sur le volet de la pratique car ils ont déjà une main. En revanche, les bases théoriques nécessitent de leur part une adaptation, du fait d’un référentiel différent. Les bases théoriques de la méthode GDS sont complémentaires de celles de l’ostéopathie, mais, dans la méthode des chaînes, nous plaçons au premier plan l’expression psycho-corporelle dont les muscles sont les outils. Ainsi, lorsque l’ostéopathe constate un blocage ou une restriction musculaire, il peut les replacer dans le contexte plus général de la posture et de la gestuelle de l’individu. La notion de terrain entre alors dans le diagnostic dans le but de prévenir la récidive.
Comment la méthode GDS s’intègre-t-elle dans la pratique de l’ostéopathe?
La nature des gestes thérapeutiques enseignés tient compte des liens étroits entre la peau, le muscle, le fascia et l’os. Prenons pour exemple le cas d’un blocage du péroné en bas et en arrière, mis en évidence par un testing à la fois positionnel et de mobilité des articulations entre le tibia et le péroné. Le thérapeute saisit le péroné d’une main et de l’autre le tibia. Dans un premier temps, tout comme dans certaines techniques ostéopathiques, il conduit le péroné dans sa lésion, mais en y ajoutant une traction et une pression inhibitrice sur le muscle tibial postérieur fréquemment responsable de ce type de lésion. Il n’y a apparemment pas trop de différence avec une approche ostéopathique de correction de la lésion, mis à part le rôle que l’on accorde au muscle dans la notion de blocage.
Or le tibial postérieur s’inscrit dans une chaîne de tension myo-fasciale que nous nommons antéro-latérale (chaîne AL) de par sa localisation sur le tronc. Il s’agit d’une chaîne de défense dont les muscles s’activent dans un contexte psychologique bien précis. Si je veux que mon traitement dure dans le temps, je dois prendre en compte ce qui motive cette réaction de défense de l’organisme. Pour éviter la récidive, il est impératif de reprogrammer une meilleure utilisation corporelle. Il en va de même pour les blocages vertébraux que nous considérons comme des réactions de défense de l’organisme vis-à-vis d’une distension ligamentaire devenue chronique.
Le praticien de la méthode GDS analyse l’attitude et de la gestuelle du patient afin d’établir un rapport de cause à effet entre celles-ci et le dysfonctionnement articulaire ayant entraîné un étirement ligamentaire qui a lui-même motivé le blocage. C’est là que la notion de chaînes intervient, car ce sont elles qui sous-tendent l’attitude et gauchissent le mouvement dans nos articulations.
La méthode G.D.S. permet enfin de mieux appréhender certains problèmes viscéraux fonctionnels ne serait-ce que par les liens étroits qu’elle entretient avec la médecine chinoise. Cette vision rend encore plus évidente la notion de globalité propre à la pensée ostéopathique.
Quelles sont les applications dans la sphère crânienne?
Au niveau crânien, j’ai, à partir de travaux personnels, développé une meilleure compréhension de l’importance de chaînes de tension myofasciale sur les restrictions de mobilité des os du crâne. Cela ne remet pas en question les causes intra-crâniennes de blocage, mais doit être envisagé dans de nombreux cas. Certaines chaînes impriment aux os du crâne une contrainte qui les verrouille dans la position correspondant à l’inspiration du mouvement respiratoire crânien et freine donc leur mobilité dans le sens de l’expiration. D’autres font le contraire et verrouillent en position d‘expir, entravant la mobilité dans le sens de l’inspir. D’autres peuvent perturber la physiologie des os temporaux, etc. Ce travail sur les chaînes musculaires en complément du travail crânien facilitera la relance du MRP.
Quelle est la proportion d’ostéopathes qui suivent vos formations?
Environ 1/5e des effectifs de nos formations GDS en France et plus de la moitié au Canada est composé d’ostéopathes.
De retour dans leur cabinet, les thérapeutes mettent-ils tous en application la méthode GDS?
Certains praticiens reprennent leurs habitudes, mais beaucoup témoignent d’un réel enrichissement de leur pratique quotidienne. Pour certains, cette démarche, même les incite à être plus à l’écoute de leur patient à travers l’expression de leur corps.
